Quand les réseaux sociaux deviennent des albums narratifs de notre santé mentale.

Depuis quelques jours, une trend fait surface sur les réseaux sociaux : publier des photos de sa vie en 2016. Corps plus jeunes, soirées, voyages (en avion ! ), sourires larges. Ces images, souvent accompagnées de légendes ironiques ou mélancoliques «on prenait l'avion à l'époque », « je faisais semblant », « j’avais l’air heureuse mais je vivais un drame », déclenchent des vagues de commentaires. 

Ce phénomène n’est pas anodin. Il dit quelque chose de profond sur notre rapport à la santé mentale,au temps et aux récits que nous construisons sur nos vies

2016 : L’apogée du récit performatif.

 En 2016, les réseaux sociaux fonctionnaient majoritairement comme des vitrines. On y racontait une histoire dominante : celle de la réussite, de la liberté, de l’intensité. Même lorsque la souffrance était là, elle restait hors champ. Le récit social valorisé était celui de l’endurance, de l’adaptation, du “ça va”. 

D’un point de vue narratif, ces photos ne sont pas des mensonges. Elles sontdes chapitres sélectionnés, alignés avec les normes culturelles de l’époque. Elles participaient à une histoire dominante : ma valeur dépend de ce que je montre. 

2026 : Relire les images autrement.

 La nouveauté de la trend actuelle ne réside pas dans les photos elles-mêmes, mais dans la manière dont elles sont racontées aujourd’hui. Les mêmes images deviennent des supports de relecture, parfois de déconstruction

« Cette photo, c’est l’année où j’étais au bord de l’effondrement. »

C’est là que la santé mentale entre en jeu. Ce que l’on voit émerger, c’est un déplacement du regard : On ne cherche plus à corriger le passé, mais à recontextualiser les récits. Les pratiques narratives parlent ici dere-authoring : reprendre une histoire figée pour lui redonner de l’épaisseur, de la complexité, et surtout de la vérité vécue. 

 Cela raconte aussi à quel point nous avons besoin de temps pour pour nous raconter différemment. 

Des photos comme objets narratifs.

Dans les pratiques narratives, les objets, photos, lettres, souvenirs sont des portes d’entrée puissantes vers les récits. Les images de 2016 deviennent aujourd’hui des objets conversationnels : elles permettent de nommer ce qui n’avait pas de mots à l’époque (fatigue, pression, solitude, injonctions). 

Ce mouvement collectif sur les réseaux ressemble à une forme de narration partagée : chacun raconte comment il habitait son histoire sans le savoir.On ne dit plus seulement « regardez comme j’étais », mais « regardez ce que cette image ne racontait pas ».

Les pratiques narratives déplacent la focale : la question n’est plus « Qu’est-ce qui ne va pas chez moi ? » mais « Dans quelles histoires ai-je appris à me raconter ainsi ? ». La santé mentale devient alors un espace de réappropriation du récit, plutôt qu’un simple ajustement individuel. 

Ce que cette trend raconte de nous.

Si cette trend touche autant, c’est qu’elle autorise enfin une lecture plus humaine du passé. Elle normalise l’idée que l’on ait pu aller “bien” en apparence tout en luttant intérieurement. Elle ouvre un espace où la vulnérabilité n’est plus une faiblesse, mais une révision du récit. 

Peut-être que la véritable tendance de 2026 n’est pas la nostalgie de 2016, mais cette capacité nouvelle à regarder nos anciennes histoires avec douceur, sans les idolâtrer ni les renier. Reprendre la main sur ses images, c’est aussi reprendre la main sur son histoire. 

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